Un débat houleux a éclaté au sein de l’Organisation internationale du Travail (OIT) au sujet de l’inclusion de références à la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans son budget. Cette impasse, qui a opposé principalement des pays occidentaux à des États africains et arabes, pourrait retarder, voire entraver, l’approbation du budget de 885 millions de dollars de l’OIT pour 2024-2025, selon des sources au fait du dossier. Cette impasse met en lumière les préoccupations plus larges entourant les droits LGBTQ à un moment où les progrès dans ce domaine sont remis en cause dans des pays comme l’Ouganda.
L’OIT, l’une des plus anciennes agences des Nations unies consacrées aux normes du travail, tient actuellement sa réunion annuelle à Genève. L’organisation rassemble des gouvernements, des employeurs et des travailleurs afin d’établir des lignes directrices pour les pratiques de travail. La situation actuelle pose un dilemme difficile à Gilbert Houngbo, directeur général de l’OIT originaire du Togo et premier dirigeant africain de l’organisation, qui a pris ses fonctions en octobre 2022 avec la volonté de promouvoir la justice sociale.
Au cœur du différend se trouve un paragraphe controversé du budget de 112 pages, qui reconnaît l’engagement de l’OIT à soutenir les personnes « touchées par la discrimination et l’exclusion, y compris en raison de la race, de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre ». Toutefois, une motion de projet soutenue par une cinquantaine de pays africains et arabes vise à rejeter la formulation relative à la sexualité et au genre, estimant qu’elle emploie un « langage non universellement convenu ». Des inquiétudes ont été soulevées par le Pakistan, représentant l’Organisation de la coopération islamique, qui affirme qu’une telle référence pourrait avoir un « impact normatif trompeur » et entraîner des conflits juridiques.
Des diplomates occidentaux ont exprimé leurs inquiétudes face à la suppression de ce langage, affirmant qu’une telle démarche reviendrait en substance à laisser les personnes LGBTQ de ces pays se débrouiller seules. L’impasse est décrite comme un bras de fer diplomatique, comparable à une partie de « chicken diplomatique », avec des répercussions potentielles pour d’autres organes des Nations unies, notamment l’Organisation mondiale de la santé, où des débats similaires ont eu lieu. Gurchaten Sandhu, directeur des programmes de l’Association internationale des lesbiennes, gays, bisexuels, trans et intersexes, souligne la crainte que distinguer les droits des personnes LGBTQ de ceux d’autres groupes marginalisés remette en cause le droit international des droits humains et politise la question.
Des discussions confidentielles se poursuivent au sein du comité financier de l’OIT, et une résolution pourrait être recherchée par voie de vote. La conférence de l’OIT, présidée par Ali bin Samikh Al Marri, ministre du Travail du Qatar, se poursuivra jusqu’au 16 juin. Alors que les tensions s’intensifient, le sort de l’inclusion des droits LGBTQ dans le budget de l’OIT demeure incertain.







Commentaires (0)
Rejoindre la conversation